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    L'atelier populaire de Mai 68 : une source d'inspiration ?

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    Anarchiste Anonyme

    Messages : 22
    Date d'inscription : 16/05/2011

    L'atelier populaire de Mai 68 : une source d'inspiration ?

    Message  Anarchiste Anonyme le Mar 14 Juin - 21:00

    L'atelier populaire de mai 68 :

    Présenté par lui même. Usines, universités, union, 1968.




    Retranscription et mise en forme : Anarchiste anonyme.

    1/ L'atelier populaire :

    Le mercredi 8 mai, l'école des beaux arts est en grève.
    Le 1" mai une manifestation de masse regroupe travailleurs et étudiants à l'appel de tous leurs syndicats. A la suite d'une répression policière au Quartier latin, un million de manifestants clament, de la place de la République à la place Denfert Rocherau, qu'ils ne tolèrent plus le gouvernement gaulliste parce que ce gouvernement est anti-populaire, responsable du chômage et de la misère, instrument de la répression patronale. (Nantes, Caen, Rhodiaceta, Redon).

    Le 14 mai à 15 heures, un comité de grève provisoire informe l'administration de l'école des Beaux-Arts que les élèves prennent possession de tous les locaux.

    Le 15 mai l'assemblée générale des grévistes adopte la plateforme suivante :


    Mercredi 15 mai 1968, 12 heures.
    Pourquoi prolongeons-nous la lutte ? Contre quoi luttons-nous ? Nous luttons contre une université de classe, nous voulons organiser la lutte dans tous ses aspects :

    1° Nous critiquons la sélection sociale qui s'opère tout au long des études du primaire au supérieur au détriment des enfants de la classe ouvrière et des paysans pauvres. Nous voulons lutter contre le système des examens et des concours, principal moyen de cette sélection.
    2° Nous critiquons le contenu de l'enseignement et les formes pédagogiques de sa diffusion. Parce que tout est organisé pour que les produits du système n'acquièrent pas une conscience critique aussi bien à l'égard de la connaissance que de la réalité sociale et économique.
    3° Nous critiquons le rôle que la société attend des intellectuels : être les chiens de garde du système de production économique, être des cadres technocratiques. Faire en sorte que chacun se sente bien à sa place, surtout lorsque "chacun" est à une place d'exploité.

    Que signifient ces critiques pour ce qui est de l'école de peinture et de sculpture ? C'est bien sûr, aux commissions de le définir précisément, mais nous pouvons déjà le dire pour ce qui est de l'architecture :

    - Nous voulons lutter contre la domination de la profession sous forme de conseil de l'Ordre ou d'autres organismes corporatifs. Sur l'enseignement, nous sommes contre le système du patron en tant que méthode pédagogique, nous sommes contre l'idéologie conformiste que le système diffuse. L'enseignement de l'architecture ne doit pas être la seule répétition de ce que fait le patron jusqu'à ce que, finalement, l'élève en soit une copie conforme.

    - Nous voulons lutter contre les conditions de la production architecturale qui la soumettent, en fait, aux intérêts des promoteurs publics ou privés. Combien d'architecte ont-ils accepter de réaliser des Sarcelles grands ou petits ? Combien d'architectes tiennent compte dans leur cahier des charges des conditions d'information, d'hygiène, de sécurité des travailleurs sur les chantiers et le feraient-ils qu'aucun promoteur ne répondrait à leur appel d'offre ? Et l'on sait qu'il y a trois morts par jour en France dans l'industrie du bâtiment.

    - Nous voulons lutter contre le contenu de l'enseignement particulièrement conservateur, particulièrement peu rationnel et peu scientifique où les impressions et les habitudes personnelles continuent de se prévaloir des connaissances objectives. L'idéologie du Prix de Rome est encore vivace !

    En deux mots, nous voulons prendre conscience des rapports de force réels entre l'école et la société; nous voulons lutter contre son caractère de classe. Cette lutte, nous devons savoir que nous ne pouvons la mener seuls. Nous ne devons pas tomber dans l'illusion que les universitaires pourront instaurer dans leurs facultés des noyaux d'autonomie réelle par rapport à la société bourgeoise. C'est aux cotés des travailleurs qui sont les principales victimes de la sélection sociales qu'opère le système d'enseignement que les universitaires doivent lutter. La lutte contre l'université de classe doit être organiquement liée à la lutte de l'ensemble des travailleurs contre le système d'exploitation capitaliste.

    - Il nous faut donc nous engager à remettre en cause les rapports qui régissent actuellement la profession et l'enseignement ;
    - remettre en cause la séparation actuelle de l'E.N.S.B.A. d'avec l'enseignement supérieur ;
    - refuser de d'effectuer toute forme de présélection à l'entrée de l'école ;
    - lutter contre le système actuel des examens et des concours ;
    - nous préparer à la lutte contre les décrets de réforme ;
    - établir des rapports réels de lutte avec les travailleurs ;

    Sur toutes ces questions nous devons avoir les débats les plus libres. Tous les enseignants doivent se prononcer . Des formes d'organisation de lutte doivent être trouvées.

    Le comité de grève


    Dès le 14 mai, quelques élèves s'étaient retrouvés spontanément dans l'atelier de lithographie et, prenant parti pour l'action directe, tiraient une première affiche : "Usine-Université-Union". Le 16 mai au cours d'une commission de réforme constituée le matin même, un certain nombre de participants, élèves et peintres de l'extérieur, décident d'occuper les ateliers de peinture, afin d'y mettre en œuvre directement, par la pratique, le programme de lutte défini le 15 mai. A l'entrée ils écrivent :

    Atelier populaire : Oui
    Atelier bourgeois : Non


    Sur ce principe nous nous mettons au travail. Nous commençons à produire des affiches et nous définissons en même temps notre position en face des débats de la commission de réformes par le texte suivant (diffusé par tract quelques jours plus tard, le 21) :

    Ce que nous avons écrit à la porte l'atelier si nous essayons de l'expliciter, de comprendre ce que ça veut dire, doit nous dicter naturellement les lignes essentielles de l'action nouvelle.

    Cette phrase signifie qu'il ne s'agit en rien de moderniser, c'est-à-dire d'améliorer ce qui est déjà. Toute amélioration pose que, dans son fond, la ligne générale ne change pas, donc qu'elle était déjà bonne. Nous sommes contre ce qui règne aujourd'hui. Qu'est-ce qui règne aujourd'hui ? L'art bourgeois et la culture bourgeoise.
    Qu'est-ce que la culture bourgeoise ? C'est l'instrument par lequel le pouvoir d'oppression de la classe dirigeante sépare et isole du reste des travailleurs les artistes en leur accordant un statut privilégié. Le privilège enferme l'artiste dans une prison invisible. Les concepts fondamentaux qui sous-tendent cette action isolatrice qu'exerce la culture sont :

    - l'idée que l'art a "conquis son autonomie" (Malraux, voir la conférence faite au moment des jeux Olympiques de Grenoble).
    - la défense de la liberté de création. La culture fait vivre l'artiste dans l'illusion de la liberté :

    1° Il fait ce qu'il veut, il croit possible, il n'a de comptes à rendre qu'à lui même ou à l'Art.
    2° Il est créateur c'est-à-dire qu'il invente de toutes pièces quelque chose d'unique, dont la valeur serait permanente au-dessus de la réalité historique. Il n'est pas un travailleur aux prises avec la réalité historique. L'idée de création irréalise son travail.

    En lui accordant ce statut privilégié, la culture met l'artiste hors d'état de nuire et fonctionne comme une soupape de sécurité dans le mécanisme de la société bourgeoise.

    Cette situation est celle de nous tous. Nous sommes tous des artistes bourgeois et comment en serait-il autrement ?

    Voilà pourquoi lorsque nous écrivons "atelier populaire", il ne peut s'agir d'amélioration, mais d'un changement d'orientation radical.

    C'est dire que nous sommes décidés à transformer ce que nous sommes dans la société.

    Précisons que ce n'est pas une meilleure mise en relation des artistes avec les techniques modernes qui les reliera le mieux à toutes les autres catégories de travailleurs, mais l'ouverture aux problèmes des autres travailleurs, c'est-à-dire à la réalité historique du monde dans lequel nous vivons. Aucun professeur ne peut nous aider à mieux fréquenter cette réalité. Nous devons tous nous enseigner nous-mêmes. Cela ne veut pas dire qu'il n'existe pas un savoir objectif, donc recevable, ni que les artistes les plus âgés, des professeurs ne puissent pas être très utiles. Mais c'est à la condition qu'ils aient eux-mêmes décidé de transformer ce qu'ils sont dans la société, décidé de participer à ce travail d'auto-éducation.

    Ainsi remis en cause le pouvoir éducateur de la bourgeoisie, le champ sera ouvert au pouvoir éducateur du peuple.

    Il y a alors des millions de grévistes en France. Les participants à l'Atelier Populaire vont vers les usines occupées, les dépôts et les chantiers, afin d'apprendre des travailleurs en grèves comment constituer l'arrière de la lutte dont ils sont l'avant-garde.

    Ce n'est pas un travail de laboratoire, chacun, maintenant, travailleur ou étudiant, étranger ou français, vient participer dans l'enthousiasme à la production des affiches. Des ouvriers viennent proposer des mots d'ordre, discuter avec les artistes et les étudiants, critiquer les affiches produites ou les diffuser à l'extérieur.

    A l'entrée de l'atelier, on peut lire : "Travailler dans l'atelier populaire c'est soutenir concrètement le grand mouvement des travailleurs en grève qui occupent leurs usines contre le gouvernement gaulliste anti-populaire. En mettant toutes ses capacités au service des travailleurs chacun dans cet atelier travaille aussi pour lui, car il s'ouvre par la pratique au pouvoir éducateur des masses populaires." Les étudiants et artistes progressistes tout en se metttant concrètement au service de la lutte du peuple, se mettent à son école et révisent leur point de vue en se liant aux masses; ils s'efforcent sans cesse, par l'action, la critique et l'autocritique, d'éliminer les pratiques de la création individualiste bourgeoise qui ressurgissent toujours, consciemment ou non.


    Comment travaille-t-on ?

    Les projets d'affiches fait en commun après une analyse politique des évènements de la journée ou après des discussions aux portes des usines, sont proposées démocratiquement en fin de journée en Assemblée Générale. Voici comment on juge :

    - L'idée politique est-elle juste ?
    - l'affiche transmet-elle bien cette idée ?

    Puis les projets acceptés sont réalisés en sérigraphie et en lithographie, par des équipes qui se relaient nuit et jour.

    Des dizaines d'équipes de colleurs se sont constituées, rejointes par celles des comités d'action de quartier et de comités de grève des usines occupés, chacun relatant ses expériences. De plus en plus, les différentes couches de la population propagent par ces affiches les idées justes des travailleurs.


    2/ La lutte continue
    Texte collectif rédigé début juillet.

    Le mouvement de mai n'est pas mort. Au contraire, il ne fait que commencer et il connaitra un essor magnifique parce que la grève de masse du printemps 1968 - plus forte que celle de 1936 - a permis à des millions de travailleurs, dans l'expérience pratique de la lutte, dans la grève illimitée et dans l'occupation des lieux de travail, de prendre conscience de leur force retrouvée et de la solidarité active entre la classe ouvrière et de nombreuses autres couches laborieuses de la population, notamment une avant-garde de la paysannerie dont les rangs ne pourront que grossir rapidement si le travail d'explication politique et de liaison dans l'action est accompli, et une partie importante des étudiants. Des milliers de jeunes ouvriers prennent en main leurs affaires politique de classe et commencent à s'organiser. Enfin, conséquence des grèves de masse, des milliers d'étudiants ont fait, pour la première fois, l'expérience de la lutte des classes aux cotés du prolétariat.

    Ces acquis du mouvement de Mai sont irréversibles et pèseront beaucoup plus lourd que toutes les victoires électorales de la bourgeoisie monopoliste, obtenues par le chantage et la démagogie.


    L'atelier populaire n'est pas tombé dans le crétinisme parlementaire. Le combat continue. Nous sommes entrés dans un processus de lutte prolongée. Au de-là des urnes, la lutte se poursuivra dans les lieux de travail - lieux de combats. Aujourd'hui, comme en plein mouvement de Mai, la question qui reste posée est celle du POUVOIR POPULAIRE.

    Il s'agit donc pour l'atelier populaire au service des travailleurs :

    - de montrer l'oppression capitaliste sous toutes les formes qu'elle a prise aujourd'hui à travers le régime autoritaire gaulliste (répression patronale et policière) ;

    - de soutenir la détermination des travailleurs et des étudiants à poursuivre et amplifier leur lutte. Nous les aiderons, par notre travail de popularisation, à faire triompher dans les usines, chantiers, dépôts, bureaux, et dans les facultés, lycées et collèges, la voie de lutte des classes contre la voie de collaboration de classe - voie choisie par la direction du PCF et la CGT qui s'efforcent de présenter la lutte électorale comme l'instrument principal de la prise de pouvoir populaire.

    Nous aiderons à l'unité de toutes les forces du peuple travailleur autour des ouvriers contre la bourgeoisie monopoliste et toutes les forces qui la représentent, pour l'instauration d'un véritable gouvernement populaire et, à plus long terme, du socialisme en France.

    La culture étant un instrument de domination pour la bourgeoisie monopoliste, l'Atelier populaire entend poursuivre son action à travers les disciplines artistiques (aujourd'hui : affiches, marionnettes, mais aussi bien demain : peinture, sculpture, cinéma, chansons).

    Nous dénoncerons par notre travail la culture bourgeoise. Sécrétée sous le contrôle d'une classe, elle est au service de cette classe. Elle fait partie du système d'oppression mis en place par la classe dirigeante contre le peuple. Ce n'est donc pas en acceptant la diffusion de la culture bourgeoise que nous aiderons au développement d'une culture populaire et nous ne pouvons, par conséquent, que combattre le système de participation culturelle proposé par Malraux et les Maison de la Culture. Pas plus que les travailleurs n'accepteront, dans les entreprises, de participer à leur propre exploitation, nous ne pouvons participer à la diffusion oppressive de la culture bourgeoise. Pour aider au développement d'une culture populaire réelle, c'est-à-dire issue du peuple et au service du peuple, nous devons pousser à la création de nouveaux ateliers populaires.

    Pour ce qui concerne la production d'affiches il ne s'agit pas, en effet, d'inonder le pays à partir d'un seul point, mais de susciter la création d'ateliers populaires partout où il y a des travailleur en luttes afin que demeure toujours lié au peuple, le travail d'analyse politique à partir duquel s'élaborent les affiches et leur diffusion.



    3/ Organisation et fonctionnement :

    Ce que nous relatons ici est moins important que vos initiatives ; multipliez les inventions.

    L'Atelier populaire se compose d'un atelier où l'on conçoit les affiches, et de plusieurs ateliers où on les réalise (sérigraphie, lithographie, pochoir, chambre noire).

    Une assemblée générale réunit quotidiennement tous les militants de l'Atelier populaire. La participation du plus grand nombre possible de travailleurs aux AG nous est nécessaire.

    La procédure à adopter pour les votes en Assemblée Générale est celle que vous découvrirez par l'expérience quotidienne de la démocratie directe : chacun se soumet à la critique de tous ; chacun en tient compte et rectifie son travail en fonction d'elle.

    Notre expérience nous montre que les dangers à éviter sont :

    - La perte de temps en débats inutiles due à une mauvaise organisation du travail de la journée.
    - L'imprécision et la multitude de mots d'ordre.
    - La mise au vote de projets trop sommaires.

    Le résultat principal de ces dangers est une dispersion et une démobilisation.

    Le remède le plus efficace nous a paru être la création d'une commission révocable qui propose en AG une série de thèmes et de mots d'ordre précis et mobilise plusieurs groupes de travail, ce qui évite la dispersion et la gratuité des projets. Il est bien évident que cela n'interdit pas à de nouveaux camarades de travailler sans mots d'ordre préalablement établis.

    Toute responsabilité est provisoire et tournante suivant les nécessités et les enthousiasmes. Le choix des thèmes d'affiche et des mots d'ordre, leur discussion permet à l'Atelier populaire de développer sa ligne politique. Ce travail est le premier moteur de l'activité.

    Comment naissent les mots d'ordre ? D'où viennent-ils ? Des luttes des travailleurs, en grève ou non. Il faut s’imprégner à chaque instant de leurs besoins réels et des réalités des luttes. Ainsi se dégageront des mots d'ordre directs et concrets; ainsi nous ferons des affiches qui soutiendront efficacement les luttes du peuple.

    L'opportunité des affiches demandées de l'extérieur sera apprécié selon que le cadre particulier de la lutte rejoint celui de tous.

    Notre expérience nous a révélé : les dangers de l’ambiguïté, la nécessité de lier les mots d'ordre au graphisme. La sincérité, la fantaisie et l'imagination ne sont efficaces que dans la mesure où elles interprètent et renforcent l'objectif des mots d'ordre.

    2 expériences de l'Atelier Populaire de Paris :

    Le journal mural :

    Nous avons tirés 5 numéros du journal mural sous le sigle du poing levé. Dans quel but ? Celui d'informer.

    Nous avons voulu rendre compte véritablement des luttes du peuple, donner des informations vraies que la presse bourgeoise cachait ou déformait. Comment avons-nous eu ces informations ? Nous les avons recueillies principalement auprès des militants des comités d'action, eux-mêmes liés aux travailleurs. Nous avons aussi fait apparaître des informations importantes que la presse ne mettait pas à sa juste place.Un des moyens utilisés a été la bande dessinée.


    L'atelier de marionnettes :

    Des marionnettes ont été faites sur le modèle du Guignol Lyonnais. Un groupe d'étudiants et de travailleurs se sont réunis autour de leur fabrication. Les marionnettes sont au service des luttes ouvrières. Nous avons joué dans la rue, les universités, les comités d'action. Elles informent en dénonçant la presse bourgeoise, c'est un moyen de propagande. Notre but principal est de provoquer, par le contenu de notre travail, la discussion chez les spectateurs. Pour construire nos scénarios, nous utilisons les informations obtenues auprès de camarades ouvriers et étudiants.





    Pour prolonger le plaisir une vidéo anglaise qui donne à voir une sélection d'affiches produites par l'Atelier populaire :


      La date/heure actuelle est Lun 11 Déc - 1:55